• random image
  • MYMood

    Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

  • FASHION & DESIGN

  • VOYAGE VOYAGES !

  • LOVE +++

  • LA COULEUR

  • ART ET EXPOSITIONS


  • « | Page d'accueil | »

    07 - 2011
    04

    Mon beau miroir

    18:06 - Publié dans la catégorie: Fashion & Design, L'air du temps |

    La campagne Printemps Eté 2009 de Steven Meisel pour Lanvin

    C’est fou tout ce qu’une image a à nous dire …

    En ces temps très studieux, pendant que d’autres se vaporisent de la brume de plage Beach Waves de Tekkai dans les cheveux, d’autres philosophent et décryptent, on aura deviné qui décrypte en l’occurrence.

    L’image représente au premier plan, une jeune femme. Elle est allongée, sur un canapé, dont le velours beige est lacéré, déchiré et recouvert d’une étoffe soyeuse de couleur vieux rose.

    Cette femme, en appui sur son coude droit, se retient au dossier du canapé avec son bras gauche, donnant un caractère instable à sa position. Elle occupe toute l’image, et sa présence dans l’espace dessine une grande diagonale. Elle est en mouvement, elle tend son visage pour embrasser le miroir où elle se reflète. Ses jambes sont repliées en avant, et semblent vouloir se rapprocher du spectateur.

    Elle porte une robe bustier, courte, de couleur vieux rose, brodée de perles rouges foncé et bleues nuit qui brillent comme des miroirs. La matière du vêtement est souple, soyeuse. La couleur de sa robe se confond presque avec l’étoffe dont est recouvert le canapé, dans une teinte d’ensemble de rose rougi un peu délavé. Ces perles accompagnent le mouvement du personnage, en suivant les courbes de son corps. On les retrouve irisées et brodées sur la seule chaussure apparente de la composition. Il s’agit d’escarpins à talons aiguilles. On peut d’ailleurs y distinguer le seul élément jaune de l’image, des strass qui semblent former le cœur de fleurs. A noter que la seconde chaussure est absente de l’image. En dehors. Le foisonnement des plis et des broderies du vêtement s’oppose à la chair nue et lisse du personnage.

    Les Bijoux

    De nombreux points de lumière sont apportés par les bijoux métalliques qui contrastent avec la fluidité et la souplesse du vêtement : un large collier, plastron argenté qui habille son cou et sa gorge, il est composé de formes rondes enlacées et incrustées de cabochons de pierres noires et jaunes, ces dernières pourraient être de l’ambre ou des topazes. .

    On retrouve ces mêmes pierres jaunes serties dans le métal, sur les deux bracelets manchettes argentés que le personnage porte à chaque poignet. On voit près de son visage également, une seule boucle d’oreille ronde, de grand format, sertie de pierres et de perles rouge-rosées, que la jeune femme porte plaquée contre son oreille… on ignore la présence d’une deuxième boucle. Des lunettes aux verres fumés, larges et rectangulaires complètent la tenue du personnage, les branches se différencient par leur brillance, elles sont recouvertes de paillettes, formant comme des écailles. Contrastant avec la boucle d’oreille mate.

    Derrière les lunettes on ne distingue pas si ses paupières sont baissées ou si au contraire yeux ouverts, elle embrasse son reflet. On peut entrevoir seulement un maquillage vaporeux, dans les tons de gris et quelques cils noirs. Sa bouche est bien dessinée avec un rouge à lèvres bordeaux, ses ongles sont de la même couleur, un rouge foncé. Les pommettes sont rosées. Ce maquillage sophistiqué laisse à penser qu’il s’agit d’un maquillage du soir. Sa chevelure blonde mi longue est tirée en arrière et se termine par des boucles souples et mousseuses. Tous ces details du visage et du buste du personage se retrouvent amplifiés par le reflet  de la scène dans miroir.

    Enfin, la silhouette rejette en arrière son bras extraordinairement long et retient avec son seul pouce un petit sac noir, probablement en peau de crocodile, par une chaîne métallique qui entoure son doigt, le sac est ainsi suspendu derrière le personnage, sur toute la hauteur du dossier du canapé. Sur la chaîne est attaché un médaillon qui ressemble à une pièce de monnaie sur laquelle le logo de Lanvin apparaît. L’ensemble formé par bras tendu et son épaule, ainsi que la chaîne du sac forme un triangle.

    La scène se déroule dans un intérieur. L’arrière plan nous montre un rideau presque blanc qui forme des plis verticaux et volumineux derrière le canapé. Ce rideau laisse entrevoir la silhouette d’une cheminée dans le coin gauche de l’image mais ne laisse aucune chance au spectateur de situer la pièce où nous nous trouvons, une chambre, ou un salon, un appartement ou une maison …

    De ce coin supérieur gauche vient une lumière assez diffuse, vaporeuse qui donne une impression de flou puis plus le regard se déplace vers la droite, la netteté apparaît, les contours du corps du personnage, la finesse de ses traits, les détails de son vêtement …

    Le jeu des lignes

    Lorsque l’oeil parcourt une image, en général il balaye de gauche à droite et de haut en bas en plusieurs diagonales, puis parcourt les deux grandes diagonales de l’image. C’est le sens de lecture des langues à alphabet latin. Ce qui peut expliquer pourquoi le nom de la marque est inscrit précisément dans le coin droit. Plus on va vers la droite plus l’image est claire pour mettre le focus sur la robe, et les accessoires

    Les lignes horizontales évoquent le calme, la profondeur (horizon et étalement des plans) et permettent d’élargir l’image. Ce sont elles qui donnent l’ambiance de l’image, l’impression de flottement du personnage.

    Les lignes verticales évoquent la rigidité, arrêtent le regard, l’empêche d’aller plus en profondeur et permettent d’allonger l’image. C’est ce que nous avons derrière le canapé, on ne veut distraire notre regard, on veut garder notre regard sur cette femme et ses apparats.

    Les lignes obliques contribuent au dynamisme de l’image, elles orientent le sens de lecture. Les lignes brisées évoquent la rupture, l’instabilité. C’est ce qui donne cette notion de mouvement.

    Les courbes évoquent la douceur par opposition à la dureté des angles. Les courbes rondes de ses fesses, de sa cambrure, de ses épaules, de la chaussure contrastent avec les triangles formés par ses genoux, son coude droit puis sa main.

    La lumière

    La lumière est diffuse, elle uniformise les couleurs, estompe les reliefs et les contrastes. La source lumineuse est derrière le sujet et rend visible le contour des objets et leur texture.

    Cette lumière est blanche comme l’est la lumière du matin, contrastant tout à fait avec la robe de soirée du personnage, et indiquant qu’elle semble avoir passé la nuit dans sa robe, sans enlever ses bijoux. Traitement “hamiltonien” de la lumière : caractérisé par la maîtrise de la lumière douce de l’aube ou du crépuscule, le flou artistique, l’ambiance vaporeuse et les décors naturels en intérieur. Des photos qui sont à la limite de la peinture.

    Le nom de la marque -  LANVIN Paris - s’inscrit en toutes lettres blanches sur le côté droit de l’image, précisément dans la partie nette de la photo, aux confins de tous les univers de la marque : la robe, les accessoires et le corps de la femme égérie. Les plis de la robe peuvent renforcer l’évocation de la marque, car ils semblent dessiner des lettres : le A et le V de Lanvin. Le L pourrait être illustré par le coude plié sur lequel elle s’appuie également …

    Thème du miroir

    Le premier thème est celui de la beauté réfléchie, largement utilisé en publicité. Le miroir accentue, dédouble les regards, construit une triangulation dynamique entre le personnage, son reflet et le spectateur.

    On pense donc bien sûr à l’évocation du Mythe de Narcisse. Où, ce jeune homme, qui repoussa l’amour de la nymphe Echo, fut condamné par Vénus à n’aimer que sa propre image. Au bord de l’eau, penché sur son reflet, il dépérit.

    Et c’est l’ensemble de la campagne LANVIN qui pose la question du narcissisme Cette campagne est incarnée par le mannequin norvégien Iselin Steiro. Mannequin célèbre, Iselin a fait la une de tous les grands magazines. Elle est le visage de Valentino et Lancôme, défile pour Paul et Joe, Balenciaga ou encore Gucci. Sa plastique particulière s’adapte à toutes les identités de marque, on a souvent du mal à la reconnaître … Une ambiguité qui renforce ici le discours de l’image.

    Plutôt que le thème du miroir, on peut reprendre celui de l’eau comme surface réfléchissante. Comme le souligne Gaston Bachelard dans son livre “L’eau et les rêves ce n’est pas du tout la même chose de se mirer dans l’eau d’une source que dans un miroir. L’eau recèle une profondeur qui manque au miroir. Le miroir est une surface inerte, il ne fait que renvoyer des apparences, et sert de support à la méditation sur la vanité de la beauté. Au contraire, l’eau est un milieu vivant, qui invite à plonger dans une réflexion sur soi-même, à travers le temps.

    Cette idée pourrait être reprise par le changement de décor entre le canapé vieillit qui représente le passé, sous la couverture soyeuse qui représenterait le futur et cette femme habillée, une transition qui serait le présent.

    L’image nous donne donc l’impression d’un reflet qui n’est pas statique, pas identique mais flou, mouvant. On aurait donc à gauche la réflexion de cette femme sur sa propre identité à laquelle elle dirait adieu par un baiser et à droite, elle aurait trouvé son véritable style, étant habillée en Lanvin. Elle en acquiert une nouvelle assurance dans la séduction, une plénitude, des sentiments accentués par la netteté de la photo.

    A ce thème de la beauté se superpose peut-être le thème de l’homosexualité évoqué par l’ambivalence de ce baiser qui peut d’abord interpeller le spectateur. j’ai choisi ici de rapprocher le thème de l’ouvrage de Sandra Boehringer, la Grèce et la Rome antiques, ne distribuait pas les interdictions et les permissions autour des critères de la sexualité. Et l’auteur nous délivre le message selon lequel être homme ne suffisait pas en ce temps là à vous placer du côté des dominants.

    Cette femme n’est pas seule, le reflet embrassé a les contours d’un deuxième personnage. Les lunettes aux verres teintés renforcent cette distance qu’elle entretient avec elle-même, et la possibilité d’un autre protagoniste dans l’histoire …

    Aime t-elle son propre reflet, ou quelqu’un d’autre ? et qui ?

    Entre les deux fronts féminins : un cœur. Il nous confirme que nous sommes bien dans le registre de l’amour

    Le baiser entre ces deux femmes, est une révélation de l’identité et de la différence dans le miroir. (Ex Création du monde de Michel Ange, Chapelle Sixtine). Comme le bras droit de Dieu se tend pour donner à Adam l’étincelle de vie, ce baiser donnerait l’étincelle de vie à ce personnage imaginaire. Ce point de rencontre serait la création de quelque chose ou quelqu’un de nouveau…

    Entre les deux épaules, le danger, une image terrifiante : un monstre bouche ouverte, d’où l’on aperçoit des dents, une sorte de serpent marin, de dragon, qui s’immisce entre ces deux personnages. Peut être s’agit-il du danger que représente la vanité… l’amour de soi ou l’amour de l’autre.

    En histoire de l’art, le format paysage est traditionnellement utilisé pour représenter les « Marines ». Ce courant pictural trouve son inspiration dans les sujets évoquant la mer. Le format horizontal étant réservé aux scènes d’histoire, le temps est donc lié à ce choix de composition. Une histoire est racontée.

    La transversalité des mondes : l’eau, l’air, la terre

    Une multitude de codes sont en effet empruntés aux Eléments.

    La robe brodée de perles, par leurs couleurs, leur texture, rappellent les coraux des fonds sous marins, et sont comme autant d’écailles sur son corps, sa boucle d’oreille, une sorte de coquillage, ses jambes dont le deuxième pied est absent pourraient évoquer qu’elle n’est pas humaine, et qu’il s’agirait d’une queue de poisson, cette idée est renforcée par sa position allongée, cet environnement flou, ce miroir comme un symbole aquatique.

    Si l’on s’attarde sur cette femme, on s’aperçoit qu’elle sépare très nettement le canapé en deux : d’un côté la partie claire, usée, qui pourrait être la Terre, de l’autre la partie rose recouverte par l’étoffe, qui pourrait symboliser l’Air. La couleur de la robe est une transition entre ces deux parties. Placée entre ces deux entités, cette femme évoquerait un troisième monde, l’Eau.

    Le geste de ce bras déployé qui semble battre l’air n’est pas sans rappeler l’aile d’un oiseau,

    Une sorte de Victoire de Samothrace moderne. sculpture héllénistique dont la base est une proue de navire. C’est une figure féminine pourvue de grandes ailes, une messagère (en grec, angelos) …

    Cet « entre mondes » est d’autant plus fort qu’il est symbolisé par les deux bracelets comme ceux des esclaves, signe d’appartenance à chacun des mondes. Les chaînes de son sac à main pourraient évoquer cet état hybride qui la rend prisonnière et l’enchaîne. Elle pourrait être à la fois être une sirène, un serpent rampant sur le sol ou un oiseau prenant son envol.

    Enfin, Ce bras déployé retenu à la chaîne métallique pourrait être aussi  l’évocation du monde qui la maintient en vie ou auquel elle se raccroche … l’image n’est pas sans rappeler le tableau d’Eugène Delacroix ‘La mort de Sardanapale’ où la figure féminine en train de mourir semble vouloir se retenir à la vie en étirant ses bras sur le lit où le héros central lui, est vivant : on retrouve cette même position de la tête, la chevelure rejetée en arrière, bras déployés, ce mouvement sensuel alangui, une ôde à l’abandon, le jeu très marqué entre les vides et les pleins, entre les angles (genoux, coudes) et les arrondis, entre le mat et le brillant (bijoux, strass et textile brut du sofa et des étoffes)

    Un visuel riche de symboles et d’évocations donc qui résumerait pour nous l’idée d’un passage, d’un changement, d’une frontière. Entre le milieu terrestre et le milieu marin ? Ou entre deux états ?  La femme humaine et la sirène ? ou l’oiseau ? Entre la vie et la mort ? entre la jeunesse et la maturité ?

    Ou encore, entre le couple et la solitude

    Enfin Merci à Laurence pour sa participation à ce formidable travail

    Vous aimerez aussi:

    Des souliers de princesse
    Un billet pour l’opéra
    Temps hémophile
    Partager sur : Facebook
    { 8 commentaires }

    1. laurence

      # 1, laissé le 04.07.2011 à 18:26

      oui, oui, j’avoue, j’ai bien bossé sur ce coup-là (ah!ah!ah!)
      les publicistes pensent-ils vraiment faire émerger toutes ces significations dans l’esprit de celui qui va regarder cette image?
      en tout cas, beau travail d’analyse!

    2. Fabien

      # 2, laissé le 05.07.2011 à 00:21

      Waou quel boulot en effet..! :D moi j’y vois aussi une femme alanguie mais je l’interprète comme étant en position de plaisir intense, d’excitation même, au point qu’elle s’embrasse dans le miroir, en pleine imagination, prélude à l’excitation sexuelle.. j’ai même l’impression qu’elle est sur le point de.. “se faire du bien”… les doigts de sa main droite semblent d’ailleurs littéralement “marcher” vers leur “destination”.. c’est très érotique.. avec le canapé crasseux qui symbolise un acte “sale”, interdit, et les bijoux la luxure.. :D mais bon.. c’est l’oeil d’un mec, lubrique un peu donc ;) ta vision est plus .. poétique… :)

    3. mymillionfashionblink

      # 3, laissé le 05.07.2011 à 19:18

      Merci Laurence ! bon c’est vrai il s’agit d’une autre Laurence P…
      les publicitaires ? hmmm je ne sais pas si ils en sont conscients, mais le Kraken entre les deux personnages n’est quand même pas là par hasard …

    4. mymillionfashionblink

      # 4, laissé le 05.07.2011 à 19:20

      Fabien, bravo
      Un point de vue pas dénué de sens du tout (du tout)

    5. Janine Z.

      # 5, laissé le 07.07.2011 à 20:25

      Quel boulot en effet!L’art à travers la photographie!
      La photographie,en parallèle avec l’art!
      Avec le modèle BOX,la photographie,apparut comme une des inventions les plus géniales,elle a conduit à une forme artistique!!
      (Merveilleux,Merveilleux)s’écriait Jacques-Henri-Lartigue à l’âge de 7 ans en essayant son premier appareil.
      Une bonne image ne s’obtient pas par hasard,c’est réaliser son rêve le plus ambitieux (capter la vie dans cette petite boîte)!!!! Bravo ma Sophie pour les textes, pour les photos, pour ta culture, et ta sensibilité!tout ce que tu fais j’adore!!!!!

    6. mymillionfashionblink

      # 6, laissé le 12.07.2011 à 20:23

      Merci Merci, Merci ♥

    7. ema / la bienveillante

      # 7, laissé le 03.12.2011 à 11:00

      Impressionnant, j’aime

    8. mymillionfashionblink

      # 8, laissé le 03.12.2011 à 13:49

      oh merci merci ! bienveillant commentaire d’une bienveillante ! <3

    Laisser un commentaire

    *
    Pour prouver que vous n'êtes pas un robot, merci d'entrer ce code
    Anti-Spam Image